le mammouth

UN MAMMOUTH DANS LE SALON

LETTRE OUVERTE : Entre développement numérique et vitalité artistique

*Cette lettre collective bilingue a été envoyée par la poste à ses différents destinataires. Elle est publiée ici afin de faciliter sa circulation et de stimuler les débats. Si vous êtes artiste, travailleuse ou travailleur de l’art et souhaitez ajouter votre signature, merci d’envoyer Prénom Nom, profession (Ville) à info@studio303.ca avant le 15 avril 2017. Nous espérons que cette lettre donnera un élan à d’autres actions et prises de parole affirmant l’importance d’une augmentation du financement public des arts.

Montréal, 6 avril 2017

[English below]

À l’attention des honorables Mélanie Joly de Patrimoine canadien, Luc Fortin du Ministère de la Culture et des Communications du Québec, Denis Coderre de la Ville de Montréal, Simon Brault et Pierre Lassonde du Conseil des arts du Canada, Anne-Marie Jean et Marie Côté du Conseil des arts et des lettres du Québec, Jan-Fryderyk Pleszczynski et Nathalie Maillé du Conseil des arts de Montréal;

Dans la foulée du Forum des innovations culturelles de la Semaine Numérique de Québec, du Sommet sur les arts à l’ère du numérique organisé par le Conseil des arts du Canada, du Forum numérique de la Bourse Rideau, de la publication de différents rapports en lien avec le virage numérique[1] et de l’articulation de nombreuses nouvelles politiques culturelles, nous souhaitons exprimer des préoccupations et réflexions partagées par plusieurs professionnelles et professionnels du milieu artistique.

Considérant que :

L’intérêt des artistes pour les nouvelles technologies ne date pas d’hier (pensons à Loïe Fuller dès la fin du 19e siècle) : aller à la rencontre de ce qui compose le monde, incluant ses technologies, fait partie intégrante d’une démarche artistique;

Le numérique est déjà présent dans toutes les disciplines artistiques et dans tous les secteurs du milieu (recherche, création, diffusion, communications, réseautage); d’ailleurs, les artistes et organismes se disent généralement très à l’aise face au numérique[2];

Un rapport de force économique inégal existe entre les milieux professionnels artistiques et numériques, un rapport qui mine leur collaboration: le revenu annuel moyen des artistes représente moins de la moitié de celui des programmeurs et autres concepteurs de plateformes et systèmes informatiques;

Ce clivage a tendance à s’accroître à mesure que sont bonifiées ou créées des enveloppes dédiées au développement du numérique en arts en l’absence d’une augmentation substantielle et nécessaire des enveloppes dédiées au soutien à la création artistique;

Le numérique n’est ni une panacée ni une fin : c’est un outil pertinent que doit s’approprier le milieu artistique, mais qui ne résout nullement ses problèmes de précarité criants[3];

Nous proposons :

Que le virage numérique et son financement ne soient pas envisagés et réfléchis séparément de la précarité d’emploi et de la pauvreté économique dont font l’expérience un grand pourcentage d’artistes, de travailleuses et travailleurs de l’art;

Que les montants investis dans ce virage numérique n’invisibilisent pas les besoins criants à court-terme dans les enveloppes dédiées au soutien à la recherche, à la création, à la production, à la diffusion et à l’administration des arts[4];

Que les questions d’inclusion et de diversité, ainsi que les questions genrées en lien avec le virage numérique soient documentées et traitées adéquatement, afin de déceler les discriminations à l’égard des personnes racisées, des femmes et des personnes marginalisées que le développement du numérique en arts peut engendrer;

Que les notions d’innovation technologique et d’innovation artistique soient distinguées – la première relevant du développement de dispositifs et la deuxième du déploiement d’une parole singulière et d’un regard sensible sur le monde – et qu’un financement adéquat soit prévu pour l’une et l’autre.

Il ne s’agit pas de résister au virage numérique ni de bouder notre plaisir à faire évoluer le milieu artistique grâce aux nouvelles technologies, mais de manifester nos inquiétudes face à l’état actuel du financement des arts. Nous refusons de voir nos situations économiques, artistiques, psychologiques et relationnelles battre de l’aile tandis que de multiples investissements sont faits dans le virage numérique. Il importe de s’attaquer sans délais au problème de la précarité d’emploi et de la rémunération adéquate des artistes, travailleuses et travailleurs de l’art, afin de protéger la vitalité de la culture.

Nous attendons des gouvernements, dirigeants et décideurs, conseils des arts et bailleurs de fonds publics qu’ils s’engagent dès maintenant à aborder le virage numérique comme un élément indispensable au développement du milieu artistique, mais néanmoins indissociable de réalités extrêmement précaires dans tous les secteurs des arts, lesquelles nécessitent d’urgence un soutien adéquat.

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Montreal, April 6, 2017

Honorable Mélanie Joly, Minister of Canadian Heritage; Luc Fortin, Minister of Culture and Communications of Québec; Denis Coderre, Mayor of the City of Montréal; Simon Brault and Pierre Lassonde of the Canada Council for the Arts; Anne-Marie Jean and Marie Côté of the Conseil des arts et des lettres du Québec; Jan-Fryderyk Pleszczynski and Nathalie Maillé of the Conseil des arts de Montréal,

We wish to express both thoughts and concerns shared by several of the art community’s professionals in the wake of the Forum des innovations culturelles de la Semaine Numérique of Québec City, the Canada Council for the Arts’ summit Arts in a Digital World, the Bourse Rideau’s Forum numérique, the publication of various reports about new digital manifestations and the elaboration of several cultural policies.

Given that:

Artists have used emerging technologies for a very long time (Loïe Fuller for example, at the end of the 19th century), and that artistic practice inherently includes a curiosity about the world, including technology;

Digital platforms and content are already part of every artistic discipline and every field within the arts community (research, creation, presentation, communication, administration, networking), and artists and arts organizations have expressed that they are generally quite at ease with digital technologies [6];

There is a financial imbalance between the professional arts and digital sectors which undermines their collaboration: on average, the annual income of an artist represents less than half that of a programmer or other information technology designer;

This gap is steadily increasing, as envelopes dedicated to the development of digital content in the arts are created or augmented parallel to the absence of substantial and necessary increases to support artistic creation;

Digital technology is neither a panacea nor an end unto itself: it is a relevant tool that must be appropriated by the artistic community, but it does nothing to resolve the glaring economic fragility of artists [7].

We suggest:

That the digital platform and its funding be considered in tandem with the poverty and precarious employment experienced by a significant percentage of artists and cultural workers;

That investment in emerging digital technologies does not obscure the immediate financial needs in the funding envelopes dedicated to artistic research, creation, production, presentation and administration [8];

That questions of inclusion and diversity, as well as those of gender, related to the emerging digital technologies be documented and adequately addressed in order to detect any possible ensuing discrimination against minorities, women and marginalized populations;

That the notions of technological and artistic innovation remain distinct from each other – the former pertaining to the development of devices and the latter to the expression of a unique voice and of a sensitive perspective of the world– and that each of these receive adequate funding.

We are not resisting the emergence and development of digital technologies, nor denying ourselves the pleasure of expanding our artistic practices through technology. Rather, we are sharing our concerns with the current situation in arts funding. We refuse to see our financial, artistic, psychological and relational conditions suffer as numerous new investments are made in the digital arena. In order to protect our culture’s vitality, we must immediately address the precarious employment and inadequate remuneration of artists and cultural workers.

We ask that the various levels of government, policy-makers, leaders, arts councils and funding bodies commit themselves to recognizing the emerging digital technologies as essential to the development of the art community, yet nevertheless inseparable from the extremely fragile reality of the artistic milieu which requires immediate and adequate support.

Signataires (536) – en date du 18 avril 2017

  • Priscilla Guy, chorégraphe, cinéaste et chercheuse (Montréal)
  • Marie Claire Forté, danseuse, chorégraphe et enseignante (Montréal)
  • Dena Davida, commissaire et chercheuse (Montréal)
  • François Lemieux, artiste (Montréal)
  • Edith brunette, artiste visuelle (Montréal)
  • Catherine Lavoie-Marcus, chorégraphe (Montréal)
  • Benoit Paradis, auteur-compositeur-interprète (Montréal)
  • Julie Vallée-Léger, scénographe (Montréal)
  • k.g. Guttman, chorégraphe et chercheuse (Montréal)
  • Audrey Rochette, chorégraphe (Montréal)
  • Katya Montaignac, dramaturge (Montréal)
  • Nathalie Moliavko-Visotzky, directrice de la photographie, (Montréal)
  • Mercedes Pacho, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Isabelle Hayeur, productrice, scénariste et réalisatrice (Montréal)
  • Jean-François Denis, éditeur musical (Montréal)
  • Jack Udashkin, directeur artistique et programmateur retraité (Montréal)
  • Marlène Renaud-Bouchard, artiste en arts visuels et chercheuse (Montréal)
  • Marie-Hélène Panisset, cinéaste (Montréal)
  • Dorian Nuskind-Oder, chorégraphe (Montreal)
  • Anne Bertrand, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Caroline Blais, artiste (Montréal)
  • Nicolas Rivard, artiste et auteur (Montréal)
  • Mathieu Léger, artiste (Moncton)
  • Marie-Claude Gendron, artiste en arts visuels (Montréal)
  • Claire-Amélie Martinant, chargée des communications (Montréal)
  • David Lavoie, gestionnaire d’organismes artistiques (Montréal)
  • Amber Berson, doctorante en histoire de l’art et commissaire (Montréal)
  • Carl Trahan, artiste (Montréal)
  • Alexandre St-Onge, artiste (Montréal)
  • Jacqueline van de geer, artiste de la performance et comédienne (Montréal)
  • Jessica Moore, auteure (Montréal)
  • Simon Brown, artiste et écrivain (St-Hyacinthe)
  • Julie Delporte, auteure-illustratrice (Montréal)
  • Annie-Claude Coutu-Geoffroy, programmatrice en danse (L’Assomption)
  • Michelle Lacombe, artiste visuelle et directrice (Montréal)
  • Brigitte Haentjens, metteure en scène (Montréal)
  • Caroline Loncol Daigneault, auteure et commissaire (Montréal)
  • Miriam Ginestier, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Lise Gagnon, gestionnaire d’organisme culturel (Montréal)
  • Gabrielle Larocque, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Cédric Bissonnette, artiste et chaudronnier (Ste-Marguerite-du-Lac-Masson)
  • Nathan Yaffe, chorégraphe, cinéaste et performeur (Montréal)
  • Georges-Nicolas Tremblay, interprète et chercheur (Montréal)
  • Bernard Schütze, critique d’art (Montréal)
  • Ariane Boulet, danseuse (Montréal)
  • Patricia Boushel, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Antoine Quirion Couture, artiste vidéo (Montréal)
  • Thomas Duret, comédien et metteur en scène (Montréal)
  • Maude Pilon, auteure, artiste et médiatrice artistique (Saint-Hyacinthe)
  • Adriana de Oliveira, chargée de cours en arts visuels et médiatiques (Montréal)
  • Alain Pelletier, vidéaste (Montréal)
  • Olivier Longpré, artiste (Montréal)
  • Anne-Marie Ouellet, artiste en arts visuels (Montréal)
  • Emilie Mercier, artiste visuelle, photographe et directrice de production (Montréal)
  • Olga Claing, attachée de presse et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Michel F Côté, compositeur (Montréal)
  • Isabelle Boudreau, danseuse et enseignante en danse (Montréal)
  • Olivier Corneau, artiste visuel (Montréal)
  • Nadine Lizotte, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Arkadi Lavoie-Lachapelle, artiste performante et poète (Montréal)
  • Emma-Kate Guimond, artiste de la performance (Montréal)
  • Deanna Peters, dance artist (Vancouver)
  • Julie Pilon, chorégraphe (Sainte-Béatrix)
  • Pierre-Alexandre St-Yvesm Musicien (Sainte-Béatrix)
  • Marie-Douce St-Jacques, artiste (Montréal)
  • Hélène Blackburn, directrice artistique et chorégraphe (Montréal)
  • Anne-Marie Trépanier, artiste, rédactrice et chercheuse (Montréal)
  • Daniel Fiset, travailleur culturel (Montréal)
  • Sasha Kleinplatz, chorégraphe (Montréal)
  • Didier Morelli, candidat au doctorat en Performance Studies, et artiste de la performance (New York)
  • Catherine Leduc, auteure-compositrice-interprète (Shawinigan)
  • Matthieu Beaumont, compositeur-interprète (Shawinigan)
  • Eric Villeneuve, réalisateur (Montréal)
  • Louis-Philippe Côté, artiste (Montréal)
  • Vanessa Moeller, writer (Moncton)
  • Jean-Philippe Luckhurst-Cartier, artiste et médiateur de l’art contemporain (Montréal)
  • Céline Boucher, artiste-chercheure et enseignante (Montréal)
  • Odile Gamache, scénographe (Montréal)
  • Martine Viale, artiste, Perpignan (France)
  • Moïa Jobin-Paré, cinéaste, musicienne, arts visuels (Québec)
  • Olivier Longpré, animateur (Montréal)
  • Claudia Hébert, cinéaste (Toronto)
  • Sonia Bergeron, agente de spectacles (Montréal)
  • Benoit Rocheleau, musicien (Yamachiche)
  • Olivier Bertrand, directeur de théâtre (Montréal)
  • Carole Facal (Caracol), auteure-compositeure-interprète (Montréal)
  • Karina Iraola, interprète et chercheuse (Montréal)
  • Tony Chong, danseur, chorégraphe, répétiteur et directeur artistique (Montréal)
  • Sébastien Provencher, chorégraphe, danseur et enseignant (Montréal)
  • Rebecca Belliveau, visual artist (Moncton)
  • Ingrid Vallus, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Julie Basse, éclairagiste (Montréal)
  • Bernard Guérin, travailleur culturel (Montréal)
  • Sylvain Faucher, travailleur culturel (Montréal)
  • Nathalie Dussault, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Samar El Chemali, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Joanna Piro, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Eric Mattson, commissaire indépendant (Montréal)
  • Sonia Pelletier, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Karine Denault, chorégraphe et interprète (Montréal)
  • Line Nault, artiste interdisciplinaire (Montréal)
  • Marc-Alexandre Reinhardt, artiste et travailleur culturel (Montréal)
  • Mélanie Demers, chorégraphe (Montréal)
  • Olivier Sylvestre, auteur dramatique (Montréal)
  • Michael Blum, artiste, professeur en arts visuels et médiatiques (Montréal)
  • Jules Deslandres, artiste (Montréal)
  • Maria Silina, chercheuse et professeure en histoire de l’art (Montréal)
  • Pierre Robert, enseignant en histoire de l’art (Sainte-Thérèse).
  • Julie Laurin, artiste, chargée de cours et étudiante à la maîtrise en arts visuels (Montréal)
  • Tommy Besner, artiste (Montréal)
  • Sarah Chouinard-Poirier, artiste et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Stéphanie Nuckle, artiste (Montréal)
  • Christine Brault, artiste (Montréal)
  • Pierre Beaudoin, artiste et commissaire (Montréal)
  • Anne-Marie Proulx, artiste et auteure (Québec)
  • Manoushka Larouche, artiste et étudiante à la maîtrise en arts visuels (Montréal)
  • Maude Bertrand, artiste (Montréal)
  • Mirna Boyadjian, auteure et doctorante en esthétique (Montréal)
  • Carol-Ann Belzil-Normand, artiste (Québec)
  • Ge L’Heureux, artiste (Montréal)
  • Marine Gourit, artiste (Montréal)
  • Lisa Tronca, étudiante à la maîtrise en histoire de l’art (Montréal)
  • Isabelle Montpetit, autrice et artiste inter-disciplinaire, Montréal
  • Radisson Labelle, travailleur culturel en diffusion et création numérique (Montréal)
  • Catherine Goyette, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Gabrielle Pfalzgraf, artiste (Montréal)
  • Marie-Michèle Beaudoin, artiste (Montréal)
  • Geneviève Massé, artiste et travailleuse culturelle (Montréal)
  • François Morelli, artiste et professeur (Montréal)
  • Oriane A.- Van Coppenolle, candidate à la maîtrise en histoire de l’art et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Julie Alary Lavallée, doctorante en histoire de l’art et commissaire indépendante (Montréal)
  • Caroline Gravel, danse, performance, idéation, direction de répétition, rédaction, production (Montréal)
  • Bruno Marcil, artiste (Montréal)
  • Anne-Sophie Gagnon, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Karolanne Perreault, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Ornella Calisti, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Caroline Laurin-Beaucage, chorégraphe et interprète (Montréal)
  • Dominique Sirois, artiste et doctorante en études et pratiques des arts (Montréal)
  • Michèle Febvre, théoricienne de la danse et interprète (Montréal)
  • Jean-François Dumas, auteur-compositeur-interprète (Montréal)
  • Olivier Choinière, auteur dramatique et metteur en scène (Montréal)
  • Martin Faucher, directeur artistique et metteur en scène (Montréal)
  • Lily Lapierre, interprète, chorégraphe et enseignante en danse contemporaine (Montréal)
  • Coralie Muroni, travailleuse culturelle (Montréa)
  • Camille Pilawa, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Dominic Simoneau, travailleur culturel (Montréal)
  • Ingrid Valent, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Jipé Dalpé, auteur-compositeur-interprète (Montréal)
  • Frédérique Gagnon, designer graphique et directrice artistique (Montréal)
  • Mathieu Baril, gestionnaire culturel (Montréal)
  • Fabienne Cabado, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Émilie Proulx, artiste en chanson francophone (Montréal)
  • Paule Lamarche, artiste en arts imprimés (Montréal)
  • Marjolaine Bourgeois, artiste visuelle (Moncton)
  • Emmalie Ruest, chorégraphe et interprète (Montréal)
  • Bernard Arseneau, chef éclairagiste (Montréal)
  • Gerard Reyes, chorégraphe, interprète et pédagogue (Montréal)
  • Eryn Dace Trudell, choreographer, teacher and researcher (Montréal)
  • steven girard, performeur et artiste conceptuel (Montréal)
  • Aaron Pollard, artiste et travailleur culturel (Montréal)
  • Eric Gingras, musicien et gestionnaire d’immeuble (Montréal)
  • Simon Elmaleh, performeur et concepteur sonore (Québec)
  • Hélène Matte, poète interdisciplinaire (Québec)
  • Steve Huot, programmateur et directeur d’organisme au service des artistes en danse (Québec)
  • Nadège Grebmeier Forget, artiste (Montréal)
  • Katie Ward, chorégraphe (Montréal)
  • Andréa de Keijzer, choreographer, dancer and photographer (Montréal)
  • Sarah Bild, improviser, teacher and translator (Montréal)
  • Lucy M. May, artiste en danse, enseignante et écrivaine (Montréal)
  • Louise Bédard, chorégraphe (Montréal)
  • Dario Larouche, metteur en scène (Saguenay)
  • Helene Langevin, chorégraphe (Montréal)
  • Sophie Michaud, conseillère artistique et formatrice en danse (Montréal)
  • Ève Garnier, danseuse, comédienne et répétitrice (Montréal)
  • Aaron Pollard, interdisciplinary artist (Montreal)
  • Adam Kinner, artist (Montreal)
  • Alexis O’Hara, artist and educator (Montreal)
  • Allan Paivio, composer and teacher (Montreal)
  • André Houle, directeur de production (Montréal)
  • Andrea Rideout, directrice technique et commissaire (Montréal)
  • Andrew Turner, chorégraphe (Montréal)
  • Annie Baillargeon, artiste (Québec)
  • Aurélie Pedron, artiste pluridisciplinaire (Montréal)
  • Bastien Gilbert, directeur général (Montréal)
  • Cassandre Lescarbeau, travailleur culturel (Mille-Isles)
  • Chantal Labrecque, directrice administrative (Montréal)
  • Christel Durand, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Claudette Lemay, artiste en arts médiatiques (Montréal)
  • D. Kimm, artiste, productrice et commissaire (Montréal)
  • Damien Beyrouthy, artiste-chercheur en arts médiatiques (Montréal)
  • Eliane Ellbogen, cultural worker (Montreal)
  • Elza Kephart, cinéaste (Montréal)
  • Erandy Vergara, commissaire et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Eryn Dace Trudell, chorégraphe, chercheuse et professeur (Montréal)
  • Etienne Grenier, artiste en média électroniques (Montréal)
  • François Quévillon, artiste (Montréal)
  • Gaétan Paré, metteur en scène et performeur (Montréal)
  • Gisèle Trudel, artiste et professeure (Montréal)
  • Gwenaëlle Denis, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Helen Simard, dance artist and PhD candidate (Montreal)
  • Isabelle L’Italien
, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Janet Warrington, musician (Montreal)
  • Jean Cencig, artiste (Québec)
  • Johanne Fournier, cinéaste (Matane)
  • Julie Bérubé, travailleuse culturelle (Matane)
  • Juliet Lammers, filmmaker (Montreal)
  • Katie Ewald, artiste en danse (Guelph)
  • Kelly Keenan, dance artist (Montreal)
  • Klara Garczarek, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Léa Marinova, artiste cinéaste (Montréal)
  • Leïla Oulmi,  travailleuse culturelle (Montréal)
  • Lin Snelling, dancer, choreographer and teacher (Edmonton/Montréal)
  • Linda Rabin, somatic movement and dance educator (Montreal)
  • Lisa Gamble, musician and interdisciplinary artist (Montreal)
  • Maia Iotzova, artiste, cinéaste (Montreal)
  • Manon Tourigny, commissaire et auteure (Montreal)
  • Marcelle Hudon, artiste (Montréal)
  • Marie-Hélène Parant, artiste des arts visuels, médiatiques et numériques (Québec)
  • Marilyne Parent, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Mark Morgenstern, artiste (Montréal)
  • Mark Sussman, theatre artist and professor (Montreal)
  • Martine H. Crispo, artiste et travailleuse culturelle (Gatineau)
  • Mathilde Geromin, vidéaste (Montréal)
  • Maxime Coulombe, professeur (Québec)
  • Maxine Segalowitz, artiste de danse et performance (Montréal)
  • Michel Groulx, monteur numérique (Montréal)
  • Michel Lefebvre, auteur et gestionnaire culturel en arts numériques (Montréal)
  • Nathalie Claude, comédienne et metteur en scène (Montréal)
  • Nelly-eve Rajotte, artiste (Montréal)
  • Nika Khanjani, video and film artist (Montreal)
  • Pamela Tzeng, dance artist (Calgary)
  • Paul Caskey, travailleur culturel (Montréal)
  • Paul Chambers, stage and lighting designer, professor (Montreal)
  • Richard Simas, writer (Montreal)
  • Sarah Bronsard, chorégraphe (Montréal)
  • Shari Hatt, photographer and video artist (Montreal)
  • Shauna Janssen, interdisciplinary artist and professor (Montreal)
  • Stéphane Rousseau, travailleur culturel (Montréal)
  • Stéphanie Gaudreau, massothérapeute et enseignante en danse (Stukely-Sud)
  • Stephen Lawson, interdisciplinary artist (Montreal)
  • Susanna Hood, chorégraphe, musicienne, enseignante (Montréal)
  • Suzanne Miller, choreographer, dancer and teacher (Montreal)
  • Sylvie Lachance, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Sylvie Teste, directrice artistique et programmatrice (Montréal)
  • Véro Leduc, artiste sourde (Montréal)
  • Vicko Konza, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Yves Amyot, directeur (Montréal)
  • Annab Aubin-Thuot, chercheuse, poète et clown (Val-David)
  • Paul-André Fortier, chorégraphe (Montréal)
  • Valérie Lacasse, travailleuse culturelle (Québec)
  • Nadia Bellefeuille, travailleuse culturelle (Québec)
  • Étienne Lambert, interprète et concepteur sonore (Québec)
  • Karine Ledoyen, chorégraphe (Québec)
  • Sonia Montminy, danseuse interprète (Québec)
  • Ariane Voineau, interprète et chorégraphe (Québec)
  • Eve Rousseau-Cyr, artiste en danse contemporaine (Québec)
  • Gilles Savary, travailleur culturel (Montréal)
  • Tessa Goulet, travailleuse culturel (Montréal)
  • Frédérick Gravel, chorégraphe (Montréal)
  • Claudia Chan Tak, interprète, chorégraphe et cinéaste (Montréal)
  • Victoria Stanton, artist, curator, writer and educator (Montreal)
  • Alexandra Arsenault, citoyenne concernée (Montréal)
  • Marie Dauverné, artiste et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Caroline St-Laurent, artiste de la performance (Montréal)
  • Marie Mougeolle, artiste en danse (Montréal)
  • Ariane Dessaulles, artiste en danse et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Anne-Flore de Rochambeau, chorégraphe (Montréal)
  • Marine Rixhon, interprète (Montréal)
  • Liane Thériault, danseuse, chorégraphe, vidéaste et enseignante (Montréal)
  • Harold Rhéaume, chorégraphe, directeur artistique et général (Montréal)
  • Maurice-G. Du Berger, compositeur (Montréal)
  • Étienne Tremblay-Tardif, artiste et enseignant en arts visuels (Montréal)
  • Annie Gagnon, chorégraphe (Québec)
  • Nicoletta Dolce, interprète et chercheuse (Montréal)
  • Angélique Bougeard, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Amanda Dawn Christie, artiste (Moncton)
  • Carmen Jolin, directrice artistique en théâtre (Montréal)
  • Annie Préfontaine, responsable du développement de public et des marchés (Montréal)
  • Ginelle Chagnon, enseignante, répétitrice, dramaturge et consultante artistique (Montréal)
  • Chantal Parisien, céramiste professionnelle (Montréal)
  • Guillaume Boudrias-Plouffe, artiste (Longueuil)
  • Marie Brassard, actrice, auteure, metteure en scène (Montréal)
  • Philip Szporer, dance writer, filmmaker, and lecturer (Montreal)
  • Stéphane Labbé, directeur général d’organisme culturel (Montréal)
  • Jean-François Forget, assistant-monteur cinéma et télévision (Montréal)
  • Alexandre Morin, interprète, enseignant et chorégraphe en danse (Montréal)
  • Diana Catalina Cardenas, artiste et travailleuse culturelle en danse (Montréal)
  • Audrée Juteau, artiste (Montréal)
  • Maude, Payette, muséologue et comédienne (Montréal)
  • Danièle Desnoyers, chorégraphe (Montréal)
  • Laurence Dufour, intervenante sociale et artiste en danse (Montréal)
  • Maud Mazo-Rothenbühler, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Sophie Corriveau, danseuse et enseignante (Montréal)
  • Pierre Labbe, musicien (Montréal)
  • Virginie Desloges, travailleuse culturelle en administration (Laval )
  • Benoît Lagrandeur, directeur artistique en théâtre et arts de la marionnette (Saguenay)
  • Mériol Lehmann, artiste (Québec)
  • Lorraine Hébert, travailleuse culturelle (Montréal)
  • André-Louis Paré, critique d’art, commissaire et directeur (Montréal)
  • Louise Campbell, musician (Montreal)
  • Lucie Bazzo, conceptrice lumière (Montréal)
  • Dulcinée Langfelder, artiste multidisciplinaire (Montréal)
  • Perrette Subtil, gestionnaire culturelle (Montréal)
  • Andrée Bilodeau, musicienne (Québec)
  • David Laferrière, diffuseur plurisdiciplinaire (Montréal)
  • Laurene Janowsky, gestionnaire d’organisme culturel (Îles-de- la-Madeleine)
  • Émilie Cardu-Beauquier, interprète et chorégraphe (Montréal)
  • Élodie Lombardo, chorégraphe, interprète et directrice artistique (Montréal)
  • Séverine Lombardo,chorégraphe, interprète et directrice artistique (Montréal)
  • Jessica Serli, interprète, chorégraphe, répétitrice (Montréal)
  • Nicolas Martel, photographe (Québec)
  • Anne-Marie Bouchard, artiste et pigiste en cinéma/vidéo (Québec)
  • Sandy Bessette, chroégraphe, interprète, directrice artistique et générale (Montréal)
  • Barbara Claus, artiste visuelle (Montréal)
  • Mylène Robillard, agente culturelle (Montréal)
  • Marc Langlois, travailleur culturel (Montreal)
  • Danièle de Fontenay, directrice artistique (Montréal)
  • Audrey Careau, historienne de l’art et commissaire indépendante (Québec)
  • Chris Bacon, artiste et étudiant (Montréal)
  • Denis Plante, directeur artistique (Québec)
  • Nicolas Vigneau, comédien et écrivain (Îles-de- la-Madeleine)
  • Hanako Hoshimi-Caines, danseuse et chorégraphe (Montreal)
  • Marianne Marceau, comédienne et directrice artistique (Québec)
  • Sarah Naomi Zakaib, artiste (Montréal)
  • Mélanie Carbonneau, Travailleuse culturelle (Montréal )
  • Esther Carré, chorégraphe, interprète et enseignante (Rimouski)
  • Jessica Hébert, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Pierre-Paul Savoie, directeur artistique (Montréal)
  • Colette Brouillé, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Amélie Aumont, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Marc Parent, concepteur d’éclairage (Montréal)
  • Romeo Gongora, artiste (Montréal)
  • Céleste Morisset, violoniste (Montréal)
  • Rachel Morse, Artiste, chercheuse et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Lysiane Lachance, chanteuse (Montréal)
  • Louise Sanfaçon, Historienne de l’art (Québec)
  • Ève K Tremblay, artiste (Montréal)
  • Jo-Anne Balcaen, artiste et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Simon Drouin, artiste (Montréal)
  • Martine Lauzier, artiste et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Julie Fournier-Lévesque, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Simon Renaud, danseur et chorégraphe (Montréal)
  • Ellen Furey, dancer and choreographer (Montréal)
  • Mikaël Vitali, gestionnaire d’organismes culturels et comédien (Montréal)
  • Mélissa Correia, artiste, éducatrice et auteure (Montréal)
  • Patrice Charbonneau-Brunelle, scénographe (Montréal)
  • Isabelle Gagné, artiste visuel (Montréal)
  • Suzanne Cloutier, artiste arts visuels (Montréal)
  • Jacques Laroche , directeur artistique et metteur en scène (Montréal)
  • Antoine Berthiaume, compositeur (Montréal)
  • Anick La Bissonnière, architecte et scénographe (Montréal)
  • Pascal Chevarie, auteur et scénariste (Laval)
  • Ginette Lepage, travailleuse culturelle (Rimouski)
  • Catherine Béchard, artiste (Montréal)
  • Martin Dufrasne, artiste et travailleur culturel (Montréal)
  • Maaike Zuyderhoff, relieure (Sutton)
  • Simon Ampleman, chorégraphe et interprète (Montréal)
  • Dany Desjardins, artiste en danse (Montréal)
  • Laurence P Lafaille, performeure, metteure en scène et directrice artistique (Québec)
  • Marie-Andrée Pellerin, artiste (Montréal)
  • Anick Loisel, artiste multidisciplinaire et gestionnaire d’un organisme culturel (Paspébiac)
  • Lili Vidal, céramiste (Montréal)
  • Stéphanie Pelletier, écrivaine et artiste de la création parlée (Padoue)
  • Claire Moeder, auteure, commissaire et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Marie-Andrée Poulin, artiste, journalière et activiste (Laval)
  • Alan lake , choregraphe, realisateur et interprète (Quebec)
  • Daniel Heikalo, compositeur (Montréal)
  • Noémie da Silva, artiste visuelle et codirectrice (Montréal)
  • Kimberley de Jong, dancer, choreographer, rehearsal directing (Montréal)
  • Jean-François Duke, interprète en danse et directeur artistique (Québec)
  • Sylvette Babin, artiste et directrice (Montréal)
  • Vincent de Repentigny, travailleur culturel (Montreal)
  • Karine Savard, artiste en arts visuels et affichiste (Montreal)
  • Audrey Cyr, travailleuse de l’art (Montréal)
  • Marthe Carrier, directrice générale et artistique (Montréal)
  • Simon Labbé, artiste (Montréal)
  • Alexandre Piral, artiste et médiateur culturel (Québec)
  • Rachel Echenberg, artiste en art visuel et performance (Montréal)
  • Mara Gourd-Mercado, gestionnaire d’organismes culturels (Montréal)
  • Mathieu Campeau, interprète en danse contemporaine (Montréal)
  • Maude Arès, artiste visuelle (Montréal)
  • Karen Elaine Spencer, artist (Montréal)
  • Elisa Bruni, adjointe aux communications en danse (Montréal)
  • Justine Ricard, danseuse et assistante de projets (Montréal)
  • Lucie Vigneault, interprète en danse contemporaine (Montréal)
  • Étienne Lepage, dramaturge (Montréal)
  • Alexia Martel, danseuse (Montréal)
  • Jamie Wright, artiste en danse contemporaine (Montréal)
  • Julie Bariteau, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Marie-Andrée Gougeon, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Guillaume Adjutor Provost, artiste multidisciplinaire (Montréal)
  • Julien Silvestre, gestionnaire d’organismes artistiques (Montréal)
  • Amélie Gauthier, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Eric-Abel Baland, gestionnaire artistique et administrateur d’entreprises culturelles (Montreal)
  • Léo Loisel, metteur en scène (Montréal)
  • Guillaume Rémus, Musicien (Montréal)
  • Olivia Sofia, chorégraphe (Montréal)
  • Xavier Mary, scénographe, Montréal
  • Anne-Marie Boudreau, travailleuse culturelle (Îles-de- la-Madeleine)
  • Sylvie Lavoie, gestionnaire culturelle (Montréal)
  • Ariane Plante, artiste et commissaire (Montréal)
  • Marie-Hélène Doré, étudiante au Doctorat en littérature et arts de la scène et de l’écran (Québec)
  • Pierre Blache, artiste (Montréal)
  • Eveline Boulva, artiste (Québec)
  • Laurence Brunelle-Côté, artiste multidisciplinaire (Québec)
  • Talar Agopian, travailleuse culturel (Montréal)
  • Mélanie Binette, artiste multidisciplinaire (Montréal)
  • Simon Grenier Poirier, artiste (Montréal)
  • Joanne Arseneau, scénariste (Montréal)
  • Virginie Lamontagne, travailleuse culturelle (Sept-îles)
  • Florence-Agathe Dubé-Moreau, candidate à la maîtrise en histoire de l’art et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Catherine Lescarbeau, artiste, enseignante et étudiante au doctorat en études et pratiques des arts (Montréal)
  • Emile Deraspe, diffuseur pluridisciplinaire en arts de la scène (Iles-de-la-Madeleine)
  • Sylvain Émard, directeur artistique (Montréal)
  • Maya Daoud, gestionnaire d’organismes culturels (Montréal)
  • Audrey Guy, intervenante en théâtre social (Sherbrooke)
  • Anne Thériault, artiste de la danse (Montréal)
  • Solange Morrissette, gestionnaire culturelle (Rimouski)
  • Réal Calder, artiste peintre (Mont-Saint-Hilaire)
  • Maude Lefebvre, étudiante à la maîtrise en histoire de l’art (Montréal)
  • Vincent Magnat, comédien (Montréal)
  • Caroline Hayeur, artiste photographe (Montréal)
  • Joëlle Tremblay, artiste (Mont-Saint-Hilaire)
  • Céline Goudreau, artiste en arts visuels (Longueuil)
  • Chantal Milette, gestionnaire de musées (Mont-Saint-Hilaire)
  • Emilie Champoux, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Marc-Antoine K. Phaneuf, artiste et auteur (Québec)
  • Benoit Vermeulen, Metteur en scène (Montréal)
  • Nicole Charbonneau, gestionnaire culturelle (Montréal)
  • Claude Béland, Travailleur culturel (Montréal)
  • Julie-Anne Côté, candidate au doctorat en danse (Montréal)
  • Julia B. Laperrière, chorégraphe et performeuse (Montréal/Berlin)
  • Izabella Marengo, Artiste multidisciplinaire (Montréal)
  • Cyntia Marchand, enseignante en danse (L’Épiphanie)
  • Tamara Vukov, cinéaste et professeure (Montreal)
  • Marie-Laurence Rock, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Marie Béland, chorégraphe et directrice artistique (Montréal)
  • Selwa Abou el aazm, étudiante et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Claudia St-Georges, gestionnaire culturelle (Montréal)
  • Diane Blanchette, directrice générale et artistique (Lévis)
  • Gaëtane Voyer, artiste en arts visuels (Mont-Saint-Hilaire)
  • Félix-Antoine Boutin, metteur en scène (Montréal)
  • Claire  Tousignant, citoyenne et public (Îles-de-la-Madeleine)
  • Adam Provencher, danseur, scénographe et chanteur (Montréal)
  • Marie-Édith Vigneau, musicienne (Îles-de-la-Madeleine)
  • Alexandre St-Pierre, directeur artistique (St-Fabien)
  • Caroline Bujold, travailleuse culturelle (Carleton-sur-Mer)
  • Arianne Themens, artiste (Iles-de-la-Madeleine)
  • Philippe Caron Lefebvre, artiste (Montréal)
  • Patricia Chica, cinéaste (Montréal)
  • Marie Perrault, critique et commissaire (Montréal)
  • Danielle Marcotte, écrivaine (Longueuil)
  • Marie-Eve Gagnon, auteure (Montréal)
  • Dominique Leblanc-Bolduc, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Catherine Béchard, artiste (Montréal)
  • Gabriel Plante, dramaturge (Montréal)
  • Majorie Paré, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Gabrielle Desgagné-Duclos, travailleuse culturelle et historienne de l’art (Montréal)
  • Colin Earp-Lavergne, artiste et travailleur culturel (Montréal)
  • André Harvey, musicien (Matane)
  • Lise Castonguay, comédienne (Montréal)
  • Sylvie Renaud, travailleuse culturelle (Iles de la Madeleine)
  • Isabelle Aubin, artiste et professeure en photographie (Gatineau)
  • David Campbell, Interprète en danse (Montréal)
  • Nélanne Racine, artiste (Chicoutimi)
  • Anne-Marie Guilmaine, Auteure et metteure en scène (Montréal)
  • Simon Bilodeau, artiste visuel (Montréal)
  • Nini Bélanger, directrice artistique et metteure en scène
  • Olya Zarapina, Artist (Montreal)
  • Emmanuel Proulx, Danseur (Montréal)
  • Catherine Gaudet, chorégraphe (Montréal)
  • Audrée Demers-Roberge, artiste en arts visuels (Québec)
  • Céline Perey, adjointe PDG théâtre, (Montréal)
  • Isabelle Lapierre, artiste (Montréal)
  • Pierre Leclerc, Travailleur culturel (Montréal)
  • Katherine-Josée Gervais, artiste (Montréal)
  • Micheline Couture, artiste en arts visuels (Iles de la Madeleine)
  • Daniel Léveillé, directeur artistique (Montréal)
  • Emilie Lavoie, coordonnatrice aux communications, à la promotion et au développement (Sept-Îles)
  • Sandra Labbé, diffuseur pluridisciplinaire en arts de la scène (Sainte-Anne-des-Monts)
  • Harmonie Fortin-Léveillé, artiste et pédagogue en danse (Montréal)
  • Huguette Joncas, sculpteur, (Îles-de-la-Madeleine)
  • Stéphan Dubé, Directeur général et artistique (Sept-Iles)
  • Dominick Parenteau-Lebeuf, dramaturge et scénariste (Montréal)
  • Julie Gauthier, directrice générale conseil de la culture (Rimouski)
  • Isabelle Blouin-Gagné, auteure et communicatrice (Rimouski)
  • Marcel-Romain Thériault, homme de théâtre (Moncton)
  • Emmanuelle Jimenez, auteure dramatique (Montréal)
  • Philippe Miquel, cinéaste (Montréal)
  • Yolande Valiquette, artiste en arts visuels et désigner (Mont-Saint-Hilaire)
  • Caroline Cloutier, artiste visuel (Montréal)
  • Céline Brassard, comédienne et coordonnatrice de projets (Montréal)
  • José Babin, metteure en scène et directrice artistique (Laval)
  • Claudia Richard, coordonnatrice salle de diffusion et diffuseur pluridisciplinaire en art de scène (Havre-Saint-Pierre)
  • Amélie Rajotte, interprète, chorégraphe et enseignante (Montréal)
  • Francine Déry, responsable programmation variétés (Saint-Antoine)
  • Marjorie Lemay, artiste cinéaste (Montréal)
  • Vincent Giard, auteur et éditeur de bande dessinée (Montréal)
  • Louise Fugère, gestionnaire d’organismes culturels (Montréal)
  • Paula de Vasconcelos, metteur en scène (Montréal)
  • Marie Bernier, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Pascale Ferland, cinéaste (Montréal)
  • Aline Apostolska, journaliste de danse et écrivaine (Montréal)
  • Marc-Antoine Dufresne, adjoint à la direction artistique et aux communications (Petite-Vallée)
  • Marie-Chantal Therrien, actrice et directeur de casting (St-Léandre)
  • Gabriel Simard artiste libre, sculpteur (Montréal)
  • Claudine Hubert, travailleuse culturelle (Montréal)
  • Gabriel Robichaud, comédien et auteur (Moncton)
  • Luc Boulanger, auteur et président d’association (Montréal)
  • Suzane Langlois, illustratrice et peintre (Laval)
  • Johanna Bienaise, professeure en danse (Montréal)
  • Virginie Brunelle, chorégraphe (Montréal)
  • Caroline Louisseize, écrivaine et documentaliste en millieu cuturel et éducatif (Montréal)
  • Ardeth Neale, traductrice (Montréal)
  • Nessa Ghassemi-Bakhtiari, artiste interdisciplinaire et travailleuse culturelle (Montréal)
  • Martin Désilets, artiste visuel (Montréal)
  • Marc Béland, comédien, danseur, metteur en scène (Montréal)
  • Eric Begin, musicien , compositeur et enseignant (Sainte-Anne-des-Lacs)
  • Lucie Bazzo, Conceptrice lumière (Montréal)
  • Jenny Cartwright, cinéaste (Montréal)
  • Nicole Giguère, scénariste et réalisatrice (Montréal)
  • Hélène Duval, professeure en danse (Montréal)
  • Jessie Mill, conseillère artistique (Montréal)
  • Liliane Moussa, artiste en danse (Montréal)
  • Natasha Durand, artiste en arts visuels (Sacré-Coeur)
  • Camille Jemelen, artiste interdisciplinaire, performer et chorégraphe (Montréal et Berlin)
  • Chantal Dumas, artiste score (Montréal)
  • Marijoe Foucher, interprète (Montréal)
  • Marlene Millar, cinéaste (Montréal)
  • Philippe Hamelin, artiste et enseignant en arts numériques (Montréal et Gatineau)
  • Peggy Baker, dance artist (Toronto)
  • Geneviève Pelletier, conseillère en développement culturel (Québec)
  • Zab Maboungou, danseuse et chorégraphe (Montréal)
  • Isabelle Renaud, artiste en arts visuels (Sherbrooke)
  • Hugo Chavarie, auteur et enseignant (Asbestos)
  • Etienne Grenier, artiste en média électroniques (Montréal)

[1] La culture canadienne dans un monde numérique : http://www.consultationscontenucanadien.ca/system/documents/attachments/eb0305c68c3e5a47d4fcd361de895323653694f4/000/005/632/original/PCH-verslenumerique-Rapport_de_consultation-FR_low.pdf

Rapport du comité de sages sur de grands enjeux du milieu culturel à l’ère numérique : http://culturenumerique.mcc.gouv.qc.ca/2017-02-28-rapport-du-comite-de-sages/

[2] Les arts à l’ère du numérique : http://conseildesarts.ca/recherche/repertoire-des-recherches/2017/02/les-arts-a-l-ere-numerique-analyse-documentaire

[3] Lire le communiqué de la récente campagne « La culture, le cœur du Québec : pour des carrières durables » lancée le 14 février 2017 : https://www.facebook.com/notes/la-culture-le-coeur-du-qu%C3%A9bec/artisans-artistes-enseignants-formateurs-gestionnaires-et-travailleurs-culturels/248513952260813

[4] À cet effet, lire le mémoire rédigé par Journée sans culture et déposé à l’occasion du renouvellement de la politique culturelle du Québec : http://www.journeesansculture.ca/fr/memoire-sur-le-renouvellement-de-la-politique-culturelle-du-quebec/

[5] Canadian Culture in a Digital World http://www.canadiancontentconsultations.ca/system/documents/attachments/82eb44ca377ab94e80535ee617d129c8841dab18/000/005/629/original/PCH-DigiCanCon-Consultation_Report-EN.pdf

Report by the Ministère de la Culture et des Communications’ think tank on important issues for the cultural sector in the digital age (in French): http://culturenumerique.mcc.gouv.qc.ca/2017-02-28-rapport-du-comite-de-sages/

[6] The Arts in a Digital World: http://canadacouncil.ca/research/research-library/2017/02/the-arts-in-a-digital-world-literature-review

[7] Read the press release of the recent campaign launched February 14, 2017 (in French): https://www.facebook.com/notes/la-culture-le-coeur-du-québec/artisans-artistes-enseignants-formateurs-gestionnaires-et-travailleurs-culturels/248513952260813

[8] Read the essay written (in French) by the Journée sans culture and presented in light of recent consultations on the renewal of Quebec’s cultural policy: http://www.journeesansculture.ca/en/submission-to-the-consultations-on-the-renewal-of-quebecs-cultural-policy/

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Aux termes du contrat. Hayeur c. La Biennale

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Un trop bref mot pour vous annoncer les suites de la poursuite intentée par l’artiste Isabelle Hayeur contre la Biennale de Montréal, en réponse à notre article La Biennale de Montréal n’a-t-elle que des droits ? Le jugement est tombé à point nommé pour célébrer l’ouverture très proche de l’édition 2016. Après un an et demi de négociations et de luttes en cours, et six mois de délibéré (la justice a pris son temps), la cour a tranché en bonne partie en faveur de l’artiste ! TOUTES NOS FÉLICITATIONS À L’ARTISTE !

D’après le jugement, dont Le Mammouth a obtenu copie, le juge a établi que la Biennale a failli à ses obligations envers Mme Hayeur, que l’organisme aurait dû, d’après son contrat, prendre en charge les communications à la suite du retrait de l’œuvre – ce qu’elle n’a pas fait : la Biennale n’avait même pas publié un communiqué de presse !

D’autres éléments du jugement laissent cependant songeurs. Le retrait de l’œuvre vidéo, suite à une simple demande de la propriétaire du bâtiment sur lequel elle était projetée, y est perçu comme légitime. L’absence de contrat entre la propriétaire et la Biennale (ainsi que son partenaire, le Quartier des spectacles), qui aurait pu être vue comme de la négligence de la part des diffuseurs, n’a pas fait sourciller le juge. Celui-ci établit plutôt, en se rangeant aux arguments de la Biennale, que « la Biennale, aux termes du contrat, n’a pas l’obligation de projeter l’œuvre, mais acquiert le droit de la présenter contre rémunération » (page 3 du jugement Isabelle Hayeur c. Biennale de Montréal).

Notons ici « aux termes du contrat ». Car tout le jugement repose en fait sur la lecture du dit contrat, plus que du droit des artistes ou des diffuseurs en général. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne concerne pas toutes les artistes et tous les artistes, bien au contraire. Combien d’entre nous avons accepté, comme Isabelle Hayeur, de revoir à la baisse notre rémunération en échange de « visibilité » ? Qui d’entre nous se permet de réellement négocier les termes de ses contrats avec des diffuseurs, a fortiori lorsque ceux-ci peuvent se vanter de nous amener « plus haut » dans l’échelle des institutions artistiques ? La parcellisation des artistes, la négociation en vase clos de nos contrats – les artistes d’un événement donné connaissent rarement les termes du contrat de leurs collègues – nous placent en état de compétition constante les un.e.s face aux autres, et par là même en état de vulnérabilité.

La Biennale a négligé d’accompagner décemment une artiste qu’elle s’était engagée à promouvoir et elle se fait aujourd’hui, à juste titre, taper sur les doigts. Cette négligence ne lui est malheureusement pas propre : on la retrouve un peu partout, chez maintes institutions qui visent l’ascension (la leur, et peut-être aussi celle de leur communauté – soyons bon joueur) avant le soin. Isabelle Hayeur, en engageant une lutte devant les tribunaux, a privilégié le soin (d’elle-même, mais aussi de sa communauté d’artiste) plutôt que son ascension. Nous l’en remercions.

Représentativité des réalisatrices dans le milieu du cinéma: le pouvoir et les responsabilités du Festival du Nouveau Cinéma

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©Uwe Labelle, avec Isabelle Hayeur et Catherine Pallascio

Au conseil d’administration du FNC et à son directeur M. Girard Deltruc,

Nous sommes réalisatrices, artistes, travailleuses et travailleurs de la culture et souhaitons porter à votre attention nos préoccupations en lien avec la représentativité des réalisatrices et leur visibilité dans votre festival.

Notre démarche découle d’une discussion sur Facebook où était remis en question le choix du FNC d’annoncer une édition « féminine », alors qu’en date du 21 septembre 2016, plus de 93% des œuvres dévoilées sur le site du festival étaient signées par des hommes. Au moment du dévoilement de l’intégralité de la programmation, le 27 septembre, on comptait environ 25% de réalisatrices. Cette façon de promouvoir votre 45e édition comme étant « féminine » alors que les femmes y sont sous-représentées fut la bougie d’allumage d’échanges animés.

Au cours de ces échanges, la position qu’a prise M. Girard Deltruc a suscité de vives réactions en raison du poste qu’il occupe et parce que ses propos constituent un exemple des tares systémiques qui minent le milieu artistique. Si un total de 25% de réalisatrices dans l’ensemble du festival est plus rassurant que les 7% de visibilité qui leur a été réservée lors du pré-lancement, il reste beaucoup de travail à faire pour atteindre un équilibre satisfaisant. Au moment où plusieurs institutions souhaitent l’équité et annoncent différentes actions afin de pallier certaines inégalités [1], il est primordial que les organismes de diffusion se positionnent en faveur d’une représentativité plus grande des femmes dans leurs programmations. Le FNC étant une figure de proue dans le milieu artistique québécois, nous croyons fermement qu’il ne peut faire l’économie d’une réflexion sérieuse en ce sens.

Puisque l’intervention de M. Girard Deltruc méritait d’être abordée point par point, ce texte examine chacun des enjeux qu’elle soulève. Le festival se disant prêt à assumer son rôle de leader et se définissant comme le « festival de la différence et de l’inclusion » (La Presse, 28/09/16), nous nous attendons à ce qu’il soutienne la lutte des femmes réalisatrices et prenne la situation à bras-le-corps.

***

PROPOS DE M. GIRARD DELTRUC / FACEBOOK, le mercredi 21/09/2016

M. GIRARD DELTRUC – « Le FNC est un organisme indépendant qui fait la promotion des oeuvres cinématographiques et numériques sans aucune discrimination. »

NOTRE RÉPONSE – La discrimination étant une « différenciation entre individus ou groupes d’après des critères particuliers, qui induit un traitement inégalitaire des personnes, renforcé par les coutumes, voire par les lois d’une société donnée » (Encyclopédie Larousse), l’absence de gestes concrets pour enrayer les inégalités de représentativité dans le milieu du cinéma doit être traitée comme un obstacle à l’avancement de cette cause. En reconnaissant les clivages actuels et en vous positionnant hors de cette problématique, vous encouragez un statu quo qui perpétue les inégalités. Votre discours et vos choix contribuent à maintenir les formes de discrimination systémique dans le milieu du cinéma, où les films des femmes sont moins financés et moins diffusés, et où ils obtiennent moins de visibilité et peu de couverture médiatique (lire le rapport de Réalisatrices Équitables).

M. GIRARD DELTRUC – « Nous avons contribué à la découverte et à la promotion de nombreux artistes, qu’ils soient hommes ou femmes et ce depuis plus de 45 ans. Le débat dont vous parlez dépasse de loin notre mission. »

NOTRE RÉPONSE – Que la lutte pour l’équité entre les hommes et les femmes dans le milieu cinématographique ne soit pas votre raison d’être est tout à fait légitime. Affirmer toutefois qu’elle « dépasse de loin votre mission » revient à dire que vous vous délestez de vos responsabilités: il s’agit d’un combat dans lequel tous et toutes devraient être engagés, peu importe la nature de nos missions artistiques respectives. Les réalisatrices sont nombreuses dans le milieu professionnel et trop souvent sous-représentées dans les programmations de cinéma. Cela encourage une appréciation pour certaines formes de langage, au détriment d’autres. Le principe de diversité tient justement au fait que des personnes vivant des expériences différentes dans la société (hommes, femmes, personnes âgées, personnes racisées…) ont des visions du monde différentes. Il est primordial de représenter ces visions multiples au sein des plateformes culturelles. En soutenant que vous œuvrez « à la découverte et à la promotion de nombreux artistes », vous confirmez que vos choix contribuent à tracer le futur du cinéma d’ici et d’ailleurs. L’influence que vous pourriez avoir sur la diversification de l’offre et la promotion d’artistes femmes touche donc en réalité le cœur de votre mission.

M. GIRARD DELTRUC – « Nous n’avons jamais programmé nos éditions en nous imposant des quotas pour obtenir une sorte d’équité. Notre travail de programmation se fait avant tout en fonction des oeuvres et en fonction de la disponibilité de ces dernières.»

NOTRE RÉPONSE – Une problématique systémique survient lorsque les structures de pouvoir en place, par leur fonctionnement ou leurs critères de sélection, contribuent à perpétuer les inégalités ou ne s’attaquent pas à les enrayer. Ces « systèmes » associent ces inégalités à des critères supposément objectifs et se disent impuissants à intervenir. Comment justifier de ne vous doter d’aucun cadre de vigilance pour faire face aux inégalités criantes ? Si des festivals qui se dédient entièrement aux films réalisés par des femmes affichent des programmations riches et étoffées, comment expliquer qu’il y ait si peu de films de femmes dans les festivals dits « mixtes » ? En justifiant votre tare par le manque de films réalisés par des femmes, non seulement vous tournez les coins ronds, mais vous rejetez le blâme sur d’autres éléments du système dont vous faites pourtant partie : le manque de financement accordé aux femmes, qui engendrerait le manque de films complétés par des réalisatrices, qui expliquerait le manque de films reçus par le FNC et donc diffusés sur votre plateforme. Vos propos sous-entendent également que la représentativité des femmes dans vos programmations dépend surtout de critères artistiques. Ceux-ci étant par nature subjectifs, il est impossible d’assurer une présence féminine toujours plus solide sans accompagner vos choix de mesures ciblées. En modifiant vos stratégies de sélection des œuvres, vous pourriez renverser ce sexisme, aller à la rencontre d’œuvres en dehors des circuits habituels pour assurer une forte présence des femmes dans votre festival et échapper à la logique de l’inévitabilité. Par ailleurs, en date du 21 septembre, sur plus de 30 films en pré-dévoilement, un seul était réalisé par une femme alors qu’on sait que les films dévoilés en priorité, et particulièrement les films d’ouverture et de fermeture, obtiennent une visibilité accrue dont l’impact est indéniable. Mettre les réalisatrices de l’avant lors de ces occasions de promotion est donc tout aussi crucial dans cette lutte pour l’équité.

M. GIRARD DELTRUC – « Il y a certe (sic) un constat flagrant en ce qui concerne la sous représentativité des femmes dans le milieu de l’art et de la culture mais c’est davantage une question d’ordre politique et sociale (sic). De notre côté, nous avons toujours présenté de nombreuses œuvres réalisées par des femmes dont nous avons fait la promotion auprès du public québécois (Claire Denis, Anne Fontaine, Agnes Varda, Lucile Hadzihaliovic, Chantal Ackerman, Annie Sprinkle…). Les questions que vous soulevez sont très intéressantes car elles font le constat qu’il y a en effet statistiquement moins d’œuvres réalisées par des femmes que par des hommes. »

NOTRE RÉPONSE – On s’étonne que le FNC se considère hors des questions d’ordres politique et social, étant un organisme culturel subventionné par le gouvernement. De plus, que des femmes aient été promues par le FNC ne compense en rien l’écart flagrant qui persiste dans vos programmations. Cela confirme plutôt que sans l’instauration de nouvelles stratégies, la portée de ces gestes restera limitée.

M. GIRARD DELTRUC – « Pour finir, je vous invite à venir découvrir toutes les oeuvres de la prochaine édition du festival sans discrimination aucune. Je suis certain également que vous trouverez des oeuvres très intéressantes qui abordent la condition actuelle des femmes et qui ont été réalisées autant par des hommes que des femmes. Nous vous souhaitons également tous nos meilleurs voeux pour la poursuite de votre combat et sommes disposés à vous mettre en contact avec des organismes partenaires, comme le FCTNM, qui sauront apporter davantages (sic) de réponses à vos questions. »

NOTRE RÉPONSE – Ce combat est celui de toute une société. Les organismes dont le mandat vise à soutenir les femmes réalisatrices existent notamment en raison du manque d’engagement des organismes comme le vôtre, qui se disent « neutres ». Il ne leur revient pas de mener ces « combats » pendant que vous veillez à votre mission étroitement. Ce rôle de  leader  auquel le FNC aspire vient avec moult responsabilités et appelle à une grande vigilance face aux problèmes systémiques de tous ordres.

Collectivement,

  • Priscilla Guy, cinéaste, chorégraphe et chercheuse
  • Isabelle Hayeur, cinéaste
  • Jenny Cartwright, cineaste
  • Marlene Millar, cinéaste
  • Marie-Hélène Passinet, cinéaste
  • Elza Kephart, cinéaste
  • Sara Bourdeau, cinéaste
  • Nicole Giguère, réalisatrice
  • Marie-Hélène Cousineau, réalisatrice et productrice
  • Lucette Lupien, consultante en cinéma
  • Marquise Lepage, cinéaste
  • Catherine Pallascio, cinéaste
  • Naomi Jaye, cinéaste
  • Naomie Décarie-Daigneault, documentariste
  • Olivia Lagacé, photographe et réalisatrice
  • Erica Pomerance, cinéaste
  • Mélanie Gauthier, preneure de son et conceptrice sonore en cinéma documentaire
  • Denys Desjardins, cinéaste et producteur
  • Luc Bourdon, réalisateur
  • Richard Brouillette, cinéaste
  • Steve Patry, réalisateur
  • Sylvestre Guidi, directeur de la photographie
  • Anne Lapierre, comédienne, marionnettiste et artiste visuelle
  • Isabelle Montpetit, comédienne et autrice
  • Edith Brunette, artiste en arts visuels, auteure et chercheuse
  • Danièle Simpson, présidente : au nom du conseil d’administration de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois
  • Catherine Lavoie-Marcus, chorégraphe, auteure et chercheuse
  • Martine Delvaux, professeure et écrivaine
  • Rosanna Maule, professeure en études filmiques
  • Anne Gibeault, directrice de la création en jeux vidéo
  • Guylaine L’Heureux, étudiante et recherchiste
  • Catherine Van Der Donckt, conceptrice sonore
  • Valérie Lessard, artiste, enseignante et travailleuse culturelle en danse
  • Camille Jemelen, artiste interdisciplinaire
  • Marilou Craft, dramaturge
  • Dominique Bouchard, travailleuse culturelle
  • Karine Boulanger, travailleuse culturelle
  • Simon Leduc, professeur en littérature
  • Annaëlle Winand, doctorante et programmatrice
  • Véronique Cyr, écrivaine
  • Isabelle Boisclair, écrivaine
  • Anne Lardeux, travailleuse universitaire
  • Claudia Bernal, artiste interdisciplinaire
  • Tamara Vukov, cinéaste et professeure en communication
  • Anne Gabrielle Lebrun Harpin, monteuse
  • Réjane Bougé, écrivain
  • Sylvie Sainte-Marie, artiste visuelle
  • Isabelle Hayeur, artiste visuelle
  • Victoria Stanton, artiste interdisciplinaire, auteure, chercheuse et éducatrice
  • Magenta Baribeau, cinéaste
  • Manon De Pauw, artiste et professeure
  • Anick St-Louis, cinéaste et enseignante
  • Johanne Fournier, cinéaste
  • Mary Ellen Davis, réalisatrice, enseignante et travailleuse culturelle
  • Carole Poliquin, cinéaste
  • Nathalie Trépanier, documentariste
  • Mireille Couture, cinéaste
  • Marielle Nitoslawska, cinéaste et enseignante
  • Julie Paquette, cofondatrice RDV art et politique
  • Emmanuelle Sirois, cofondatrice RDV art et politique
  • Alanna Thain, professeure en arts
  • Gabrielle Larocque, travailleuse culturelle
  • Nadine Lizotte, travailleuse culturelle
  • Marie-Eve Gagnon, auteure dramatique et metteure en scène
  • Marie-Pierre Grenier, conceptrice sonore
  • François Lemieux, artiste
  • Helen Doyle, productrice, scénariste et réalisatrice
  • Germain Bonneau, producteur délégué
  • Marie-Evelyne Lessard, comedienne
  • Sébastien Pesot, artiste
  • Véronique Lévesque-Pelletier, artiste visuelle et travailleuse culturelle
  • Will Straw, professeur en arts et communications
  • Thomas Lamarre, professeur
  • Derek Nystrom, professeur en arts
  • Carol Fernandes, cinéaste et travailleuse culturelle
  • Suzanne Beth, chercheure postdoctorale en études cinématographiques
  • Pixie Cram, cinéaste
  • Petunia Alves, vidéaste, travailleuse culturelle, directrice générale du GIV
  • Emilie Josset, comédienne et réalisatrice
  • Judith Vienneau, cinéaste
  • Louise Michel Jackson, chorégraphe et interprète
  • Mirna Boyadjian, chercheuse en histoire de l’art et auteure
  • Caro Caron, maquilleuse et artiste
  • Julien Fréchette, réalisateur
  • Louise Dupré, poète et romancière
  • Brigitte Pilote, auteure
  • Julie Aubé, travailleuse culturelle
  • Véronique Gosselin, travailleuse culturelle
  • Sonia Léontieff, artiste en arts médiatiques
  • Simon Plouffe, cinéaste
  • Myriam Jacob-Allard, artiste visuelle
  • Nicolas Rivard, artiste et auteur indépendent
  • Nathalie Dussault, travailleuse culturelle
  • David Cherniak, directeur de la photographie
  • Sylvie Rosenthal, réalisatrice et productrice
  • Sophie Bissonnette, cinéaste
  • Pascale Navarro, journaliste et auteure
  • Hilary Bergen, chercheuse
  • Leopoldo Gutierrez, cinéaste et producteur indépendent
  • Catherine Mavrikakis, écrivaine et professeure de lettres
  • Benoit Paradis, auteur et compositeur
  • Ian Oliveri, producteur indépendent
  • Alain Farah, auteur et professeur

[1] Septembre 2016 – « Les institutions majeures du milieu mènent un sondage qui vise à promouvoir la parité hommes-femmes dans l’industrie audiovisuelle. » https://fr.surveymonkey.com/r/CMPAFemmesetleadership

Septembre 2016 – « Constituer un portefeuille qui reflète plus fidèlement la société canadienne est pour nous une priorité » http://www.telefilm.ca/fr/actualites/communiques/2016/09/08/le-portefeuille-de-films-de-telefilm-canada-refletera-davantage-le

Septembre 2016 – « Fed up with the industry’s ‘insane’ gender problem, these filmmakers are giving their funding to women. » http://www.cbc.ca/beta/arts/fed-up-with-the-industry-s-insane-gender-problem-these-filmmakers-are-giving-their-funding-to-women-1.3751686

Septembre 2016 – «  Achieving equity may prove a balancing act, insisting on equality yet making room for difference. » http://www.theglobeandmail.com/arts/awards-and-festivals/tiff/tiff-has-made-strides-on-gender-equity-but-theres-more-work-to-do/article31691604/

Mars 2016 – « En ce mardi 8 mars, l’Office national du film s’est engagé à atteindre la parité hommes-femmes en ce qui concerne la réalisation de ses films, mais aussi les budgets de production, d’ici trois ans. » http://www.ledevoir.com/culture/cinema/464928/cinema-vers-la-parite-a-l-onf

La Biennale de Montréal n’a-t-elle que des droits ?

Hayeur_vs_Biennale

 

Le 7 mars 2016 se tenait, à la Cour des petites créances du Palais de Justice de Montréal, l’audience du procès Hayeur contre La Biennale de Montréal. L’annonce de la poursuite engagée par l’artiste Isabelle Hayeur contre l’un des événements les plus prestigieux du milieu de l’art contemporain montréalais avait suscité plus de réactions que la tenue du procès lui-même – malgré son importance pour le droit des artistes au Québec. Dans la salle blanche, fonctionnelle et sans éclat, nous étions deux à assister à l’audience. De part et d’autre du juge en toge et de la sténographe se tenaient d’un côté la plaignante, accompagnée de Christian Bédard, directeur du Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV), et, de l’autre, Sylvie Fortin, directrice de la Biennale. Dans la salle, attentive et bardée de chemises et notes, une femme en tailleur qui l’accompagnait (aux petites créances, on ne peut être représenté.e par un avocat).

Pour remettre l’histoire en contexte, Isabelle Hayeur ­– artiste vidéaste et photographe bien connue du milieu de l’art contemporain québécois – annonçait à l’été 2015 son intention de poursuivre la Biennale pour non respect de contrat. L’artiste avait été invitée à participer à l’édition 2014 de l’événement, avec l’exposition de deux photographies et une vidéo déjà existantes, mais aussi avec la projection dans l’espace public d’une vidéo à créer de toutes pièces, Murs aveugles. Destinée au mur nu jouxtant l’édicule du métro Saint-Laurent, en plein Quartier des spectacles, l’œuvre fut retirée après 8 jours de projection, le soir de l’ouverture officielle de la Biennale, en raison d’une plainte de la propriétaire de l’immeuble, madame Chow. Nous ne nous étendrons pas sur les motifs de ce retrait, ni sur la manière dont il a été mené : d’autres l’ont déjà fait (voir à ce sujet le texte de Christian Bédard, Isabelle Hayeur et la Biennale de Montréal en Cour du Québec [i]). Mentionnons simplement, pour celles et ceux qui feront l’économie de cette lecture, qu’Isabelle Hayeur a appris le retrait de l’œuvre non par les organisateurs de la Biennale, mais par Lesley Johnstone, conservatrice au Musée d’art contemporain de Montréal (MACM), qui elle-même en a été informée par des journalistes de Radio-Canada venus couvrir l’ouverture. Par la suite, l’œuvre n’a jamais été remise en place, la direction de la Biennale arguant que la propriétaire de l’immeuble refusait tout simplement de les rencontrer.

Mentionnons aussi que, quelque cinq semaines plus tard, Mme Hayeur entrait à tout hasard dans le restaurant dont la même madame Chow est propriétaire, engageait une conversation affable avec celle-ci, et apprenait qu’une modification mineure à une seule séquence vidéo aurait suffi à la satisfaire et à réactiver la projection.

La manière dont la direction de la Biennale a choisi de gérer cette situation laisse songeur quant aux soins accordés aux artistes qu’elle accueille. Certes, dans un conflit comme celui-là, on comprend la nécessité de veiller à réconcilier les parties et à prendre aussi en compte les doléances de Mme Chow. La reddition immédiate de la Biennale et de son partenaire, le Quartier des spectacles (Qds), à la demande de la dame, sans d’abord organiser une rencontre pour en discuter avec elle et l’artiste, laisse cependant transparaître un ordre des priorités inquiétant. Le mur en question accueille des projections depuis plusieurs années, bien avant la Biennale de 2014, sans qu’il n’y ait d’accord écrit entre la propriétaire de l’immeuble et l’administration du Quartier des spectacles, qui gère les activités « artistiques » dans l’espace public environnant. Le mur en question est par ailleurs destiné à en accueillir bien d’autres : il n’y a pas une journée où nous passons devant ce mur sans nous faire éblouir par une lumière mouvante ou une autre. Refuser d’obtempérer aux doléances de Mme Chow aurait signifié, pour le Qds, remettre en question une entente tacite importante pour la suite de leur programmation. Sans doute était-il plus simple de sacrifier l’œuvre de Mme Hayeur.

Mais c’est encore la manière dont la direction de la Biennale a choisi de gérer le conflit avec Mme Hayeur, dans les mois qui ont suivi, qui nous paraît la plus questionnable. Nous passons outre les négociations et l’arbitrage, pour aller directement au procès. Mme Fortin, dans sa défense de l’organisme, a présenté deux arguments principaux pour tenter d’invalider la plainte.

Le premier :

Elle aurait signé avec l’artiste un contrat qui lui donnait le droit d’exposer son œuvre, sans qu’il s’agisse d’un engagement à le faire. Selon cette perspective, la Biennale – qui se targue, depuis que l’affaire fut étalée dans les médias, d’être pleinement et ardemment engagée dans la défense des intérêts des artistes avec lesquel.le.s elle collabore – achèterait temporairement les droits de diffusions d’une œuvre, sans cependant avoir l’obligation légale de la présenter. Encore, s’il s’agissait de diffuser une œuvre existante, dormant quelque part et ne demandant plus ou moins que ça ; mais lorsque l’artiste est approché.e avec la commande d’une œuvre à créer, sans budget de production décent[ii] et pour un site spécifique, comme ce fut le cas pour Murs Aveugles ? L’organisme de diffusion peut-il vraiment prétendre n’avoir aucune obligation, sans révéler un déséquilibre flagrant des forces ?

Le second :

La Biennale a aussi fait valoir que le recours de madame Hayeur était irrecevable parce que l’artiste aurait renoncé à son droit de poursuivre la Biennale en signant ce contrat. La clause 11 du contrat mentionne : « L’Artiste tiendra BNLMTL, ses employés, administrateurs, officiers, dirigeants et autres représentants indemnes et à couvert de toute demande, réclamation ou poursuite faite ou intentée contre BNLMTL ou contre l’une des personnes mentionnées ci-dessus, en rapport ou à l’occasion de l’Entente, de l’Œuvre , de l’Exposition ou en rapport avec tout fait, omission, faute, négligence ou défaut de l’Artiste ». Selon le RAAV, cette interprétation est erronée : « En fait, cette clause protège la BNL en cas de poursuite par une tierce partie occasionnée par l’œuvre de l’artiste et sa présentation publique[iii]. »

Bref, la Biennale, selon la vision de son mandat qu’elle a elle-même mise de l’avant dans ce procès, n’aurait que des droits, aucunes obligations. À l’artiste, alors, d’assumer les risques : risques financiers (engager temps et argent dans la réalisation d’une œuvre sans bénéficier d’un cachet de production convenable), et risques liés au pari qu’a fait Mme Hayeur – et que font la plupart des artistes qui campent sous le sommet de la pyramide – de miser sur la promesse d’une visibilité, renonçant en échange à une rétribution à la mesure de leur travail.

Le procès Hayeur vs La Biennale n’est pas que l’effet de circonstances malheureuses (une dame choquée par une image qui paraissait anodine aux yeux de l’artiste). Il est l’effet de rapports de pouvoirs systémiques et endémiques, entre les artistes et les institutions qui accueillent (ou non) leur travail. Il est le symptôme de l’impossibilité, pour ces artistes, d’effectivement négocier leurs conditions de travail avec des diffuseurs qui n’ont que l’embarras du choix, et qui refusent de se donner un cadre éthique de soutien aux artistes et autres travailleurs – comme le font, par exemple, les centres d’artistes autogérés.

C’est aussi l’effet d’un désintérêt, de la part de plusieurs de ces « grandes » institutions, pour les créateurs locaux, renforcées dans leur choix par le discours internationaliste et rayonnant des conseils des arts. Aux critiques émises par Hayeur à l’égard de la Biennale faisaient d’ailleurs écho, en mars dernier, celles de l’artiste Marc Séguin[iv]. Celui-ci a claqué publiquement et bruyamment la porte du Conseil d’administration de l’organisation, dénonçant le peu de place faite aux artistes d’ici dans la programmation de l’édition 2016. Au moment de son départ, celle-ci en comptait… trois.

 

[i] Christian Bédard, Isabelle Hayeur et la Biennale de Montréal en Cour du Québec, 10 mars 2016. En ligne : http://www.raav.org/isabelle-hayeur-et-la-biennale-de-montreal-en-cour-du-quebec. Voir la section Un motif fumeux pour retirer l’œuvre.

[ii] Mme Hayeur a reçu 1000 $ pour la réalisation de l’œuvre.

[iii] Bédard, op. cit.

[iv] « La Biennale de Montréal en eaux troubles », Jérôme Delgado, Le Devoir, 25 mars 2016. En ligne : http://www.ledevoir.com/culture/arts-visuels/466570/la-biennale-de-montreal-en-eaux-troubles

Un article innovant

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UN ARTICLE INNOVANT

Nous réfléchissons sérieusement à la possibilité de faire subventionner ce blog. Il a tout pour lui : c’est une plateforme numérique, interactive (vous pouvez cliquer à plusieurs endroits, peut-être même laisser des commentaires) et, shit, innovante. Innovante! Que pourrait-on vouloir de plus? Chaque fois qu’un artiste prononce ce mot, sept ou huit hauts fonctionnaires du Ministère de la Culture ont un orgasme. C’est comme gagner au poker : tu as une quinte flush? Oui, mais moi j’ai un projet innovant…

Devinez ce qui est innovant

Mais qu’est-ce exactement qu’un projet innovant, demande, prévoyant, l’organisme Culture pour tous?

« Il est difficile de donner des exemples d’un projet innovant car en principe, il n’existe pas encore. Lorsque l’on parle d’innovation, on évoque évidemment la nouveauté, l’idée d’amener pour la première fois une solution créative à un problème ou encore de créer une pratique ou une approche inédite qui, au final, plaira à son public. »

(Remarquez comment « qui plaira à son public » s’est glissé, l’air de rien, dans l’innovation – une question qui, assurément, taraudait tous les Socrate, Galilée et Van Gogh de ce monde. Il faut être innovant, mais aussi familier, car il ne faudrait surtout pas perdre trop de gens sur le chemin de notre innovation. Idéalement, l’innovation sera donc juste assez pas innovante pour avoir déjà son public.)

Alain Deneault, dans son essai « Gouvernance : Le management totalitaire » (Lux Éditeur), note la nature imprécise, évanescente de la gouvernance : « Contrairement aux termes « démocratie » ou « politique » qu’elle tend à occulter, « gouvernance » ne définit rien nettement ni rigoureusement. La plasticité extrême du mot déjoue le sens, et cela semble même être son but. » La gouvernance n’est jamais clairement définie, parce qu’ainsi ceux qui en font la promotion peuvent l’interpréter à leur guise, suivant leurs besoins. Ainsi en est-il de l’innovation : non définie, elle demeure insaisissable. « Devinez ce qui peut bien être interdit ? », demandait un panneau d’affichage dans une bédé de Quino démontant les rouages des dictatures. « Devinez ce qui peut bien être innovant ? » nous demandent à présent, sans la moindre ironie, les administrateurs du Lab culturel, un programme de financement lancé par l’organisme « indépendant » Culture pour tous à la demande du Ministère de la Culture et des Communications du Québec.

« Imaginez un projet pour les arts de la scène qui proposerait une expérience interactive avec des lunettes d’immersion 360 degrés. Est-ce que nous trouverions ce projet audacieux? Est-ce que cette nouvelle forme d’expression numérique bonifierait l’expérience du spectateur et lui donnerait envie de vivre encore plus de prestations culturelles? »

N’y a-t-il que nous qui n’arrivons pas à nous faire une gueule sur ce qui est entendu dans cette question sans réponse ? Nous voilà obligés de la retourner, de la poser de manière frontale là où ils cherchent à rester fuyants : administrateurs, rédactrices de plans stratégiques, diplomates de la culture à consommer, trouvez-vous ce projet audacieux ? Pourquoi tenez-vous à faire semblant de ne pas prendre position, alors que nous savons très bien que les lunettes 360 et l’immersion vous rendent tout chose ? (Serait-ce que votre réalité ait à ce point besoin d’être augmentée pour que vous puissiez en retirer quelque émoi ?) Et à vous, lectrices, artistes : depuis quand « prestationnez »-vous des « expériences » ?

Faire ce que nous faisons déjà, mais juste un peu à côté

Pourquoi devons-nous, soudain, prouver notre caractère innovant ? Mais parce que les artistes, toujours à la traîne, n’ont de toute évidence jamais pensé à innover. Les projets soutenus par les Jeunes mécènes pour les arts (qui « investissent dans des initiatives innovantes, à fort potentiel »), par le Conseil des arts de Montréal (qui « soutient et reconnaît l’excellence et l’innovation dans la création »), par le Conseil des arts du Canada (dont le directeur, lors d’une récente allocution au CORIM, a eu recours quinze fois aux mots innovation, innovante et innover) ou par le Programme de soutien aux pratiques émergentes (« Innovateurs recherchés » ayant un « projet audacieux et visionnaire ») sont innovants ; l’histoire de l’art, elle, n’était tout au plus qu’expérimentale. Et le tort de l’expérimentation est bien sûr de n’être pas immédiatement propice au marketing ou, mieux, brevetable. Alors que les artistes expérimentent depuis toujours, des décideurs publics, quelque part, ont décidé que cela ne suffisait plus. L’expérimentation – par définition une exploration de ce « qui n’existe pas encore » – est aujourd’hui sans intérêt. On lui préfère l’innovation, c’est-à-dire le résultat de l’expérimentation, moins le gâchis de l’expérimentation elle-même. Le risque est vôtre : ses bénéfices seront à eux.

Klondike

Le PDG du CALQ a cru bon de le rappeler aux médias récemment : le CALQ n’a pas, contre toutes les apparences, subi de coupes de 2.5 millions; son budget a été bonifié à travers l’enveloppe de la Stratégie numérique culturelle. Il y a un nouveau Klondike. Si vous avez ce qu’il faut – l’audace, la détermination, la flexibilité, si vous êtes un Conquérant –, le Klondike est à vous. Ne vous laissez pas ralentir, engloutir par les lianes de l’austérité. Ne vous retournez pas pour voir les ruines laissées par les programmes morts et les compressions ; n’écoutez pas les plaintes de vos collègues qui n’en peuvent plus de lutter contre l’agonie de leur organisme – ils et elles aussi devraient fuir l’odeur de mort de l’analogue et du peu visible. Avancez. Innovez. Le Klondike vous attend au pied de l’arc-en-ciel.

Dans la ruée vers l’or numérique, l’innovation n’est pas un moyen, mais une fin. Et pour quoi l’innovation serait-elle une fin, sinon pour l’industrie qui pourra la breveter et l’exploiter ? De deux choses l’une : ou vos projets innovants sont exploitables, et c’est pour cela qu’on les subventionne  – « l’innovation d’aujourd’hui est l’économie culturelle de demain », nous dit la Stratégie culturelle numérique du Québec –, ou ils ne le sont pas et on vous subventionne afin que vous créiez l’arrière-plan de beauté sur lequel viendront se poser les entreprises qui pourraient l’être – « un milieu créatif aussi omniprésent que celui de Montréal génère le type d’interactions qui en font un lieu incontournable pour faire des affaires » (étude Montréal : ville de convergences créatives, par Catalyxis et Culture Montréal). Et dans un arrière-plan, tout se jette. Rien en lui n’est essentiel, rien en lui n’a de valeur en soi. Votre art n’est qu’un moyen : seule votre innovation est une fin.

Le changement érigé en dogme 

Vous pensiez que l’art en avait fini avec les prétentions au progrès, abolies avec l’apparition du collage et la chute de l’union soviétique ? Think again. Si l’innovation est l’œuf vibrant des politiques culturelles, le changement est sa sandale accu-massage. Le changement a été érigé en dogme, mais cette fois, il ne s’agit pas d’une fin en soi. Les changements promus par les programmes culturels visent à rapprocher les pratiques artistiques du modèle d’affaires du privé (« privé » qui veut en réalité dire « toi »). Pour obtenir de l’aide de l’État, il faudrait démontrer sa capacité à ne pas recourir à l’aide de l’État. Vous êtes capables de travailler pour des miettes, d’assumer tous les risques et de produire ce que l’on (l’État comme marché, le citoyen comme consommateur) attend de vous ? Alors l’État vous veut, du moins jusqu’à ce qu’il ne vous veuille plus, et alors se débarrasser de vous, artistes-entrepreneurs, dernier bastion de la culture subventionnée, voudra aussi dire se délester des artistes en général. La logique, toute circulaire, ne peut que mener les politiques culturelles à leur propre destruction, mais leur autodestruction éventuelle n’est pas un problème : là est sa fin, la fin en soi du changement.

Nous ne nous en prenons pas aux artistes et chercheurs convaincus et enthousiastes qui sont derrières les 180 projets soumis au Lab culturel, ni à toutes celles et ceux qui, par conviction ou par pénurie, tenterons leur chance au bingo du plus-innovant. Nous craignons pour ce qu’ils ont dû devenir ou seront tentés de devenir afin d’en obtenir du financement. Nous craignons pour ce qu’ils deviendront sous sa gouverne.

Coupes de 2.5 millions au CALQ: Le sec et le gras

squelette-mammouth

Ceci n’est pas une réaction de stupéfaction, ni une déclaration corporatiste. Ceci est l’état présent de ma colère, le résultat d’une suite interminable de gifles, de coups bas et d’amputations franches portées à l’ensemble de la société dans laquelle je vis.

(Ironie no 1 : Célébrer notre culture)

Cette gifle-ci fut donnée en catimini. À la veille de la fête nationale, le milieu culturel a appris que le gouvernement amputait de 2.5 millions le budget du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). En catimini, mais non sans ironie, au moment même où la province – politiciens inclus – s’apprêtait à célébrer sa culture sur toutes les tribunes. Mais pour inopportune qu’elle soit, cette coupe n’en était pas moins prévisible. J’y reviendrai.

Car d’abord, plusieurs voudront savoir ce qu’est le CALQ. C’est, sous la surface de ce que l’on appelle aujourd’hui « l’offre culturelle » ­– cette mer de festivals, d’expositions et de concerts que le Québec se targue d’offrir à ses citoyens et au monde –, l’institution qui soutient financièrement tout un écosystème de créateurs que le secteur privé seul ne suffirait jamais à garder vivant, ne serait-ce que parce que le bassin de sa population est trop petit. C’est grâce aux bourses qu’il offre qu’une compagnie de danse ou de théâtre peut développer le spectacle qui rayonnera ici et à l’étranger, ou que l’artiste qui cumule les emplois parvient à trouver le temps de réaliser une série d’œuvres exigeantes. Couper les vivres au CALQ et vous saboterez toute une écologie dont on ne célèbre souvent que les cimes, les Robert Lepage, Marie Chouinard, David Altmejd, les musées et les grands festivals, sans s’inquiéter de la sècheresse qui se répand à sa base.

(ironie no 2 : Le gras des gras bénévoles)

Car sècheresse il y a bien. Autre ironie, la confirmation des coupes par la Ministre de la Culture et des Communications Hélène David survient au lendemain de la publication d’un rapport de la Chambre des commerces du Montréal Métropolitain (http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/443465/etude-les-createurs-restent-les-plus-pauvres-du-secteur-culturel) qui confirme que les artistes demeurent les parents pauvres du secteur culturel. Un bulletin publié en 2010 par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec précise que, parmi les travailleurs culturels, ceux ayant les revenus d’emploi les plus faibles sont les artistes visuels (peintres, sculpteurs…) et les danseurs, qui gagnent en moyenne 12 490$ et 13 244$. Exactement le genre de travailleurs que soutient le CALQ.

Mais les coupes n’affecteront pas les artistes, s’est empressée de préciser le Ministère, et le CALQ à sa suite : c’est le gras administratif des organismes culturels qui est visé. Et là, ce qui était déjà contestable devient franchement ridicule. Avez-vous parlé aux administrateurs d’un organisme culturel récemment, Mme David ? Savez-vous combien gagnent les travailleurs et travailleuses culturelles des organismes que subventionne la CALQ, Mme David ? Dans le secteur des arts visuels, où je travaille, les emplois de coordonnatrices (ce sont surtout des femmes) à temps plein déguisés en temps partiel (on ne compte souvent pas – et on paie rarement – le temps supplémentaire), payés entre 12 et 18$ de l’heure pour des diplômées universitaires, sont la norme. Autre norme : les stages non rémunérés, offerts en désespoir de cause par des organismes en manque criant de ressources. Sans compter le nombre incalculable d’heures de bénévolat non comptabilisées qu’artistes et travailleurs culturels effectuent pour colmater les trous d’un financement déficient et qui s’affaiblit d’année en année. Il est où, dites-moi, le gras du gras bénévole ? Face à cette cure d’amaigrissement imposée à des organismes déjà affamés, on peut se demander si l’objectif est bien comptable, ou s’il ne s’agit pas plutôt de laisser mourir ceux de ces organismes qui ne répondraient pas aux attentes des politiques face à la manière dont le secteur culturel devrait contribuer à la société.

Car tout le monde s’entend, aujourd’hui, pour vanter les apports de la culture à la société. Les ministères, les chambres de commerce et les promoteurs immobiliers calculent avec enthousiasme les retombées économiques de l’art. Il parait que l’on attire les entreprises de l’industrie créative, que l’on propulse le tourisme. Les conseils des arts – le CALQ, mais aussi le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts de Montréal et bien d’autres ailleurs au pays – encouragent le milieu culturel à miser sur l’art participatif et les projets dans la communauté, à développer des partenariats avec le milieu des affaires et à sauter dans le créneau des technologies numériques (le Québec et sa métropole n’ont pas investi dans une Cité du multimédias pour rien…) Mme David elle-même s’empressait, trois semaines à peine avant sa volteface, de vanter « les effets bénéfiques de la culture sur l’économie » (présentation à l’occasion du dévoilement de l’étude La culture à Montréal : chiffres, tendances et pratiques innovantes : http://www.ccmm.qc.ca/fr/comm_culture/). Et pourtant, qui d’entre eux s’occupe de savoir dans quelles conditions sont produites ces infinies contributions ? Que la Chambre des commerces s’en inquiète davantage que la Ministre de la culture n’a rien pour me rassurer…

(Ironie no 3 : Les courbettes qui ne donnent rien)

Le problème n’est pas uniquement affaire de coupe. C’est aussi, plus fondamentalement, que la partie immergée de la culture, celle qui tient sur ses épaules les spectacles flamboyants, les festivals en rafales et les installations artistiques qui sont devenus la marque de commerce de certains espaces publics et de certaines villes, commence à manquer d’air. Et il n’y a pas que le gouvernement qui s’en désintéresse : le CALQ aussi. Au CALQ, comme chez les autres conseils des arts au pays, on affirme vouloir financer l’excellence, on vise le rayonnement à l’étranger, on table sur l’entreprenariat. On demande à l’art, et plus encore aux organismes culturels, d’épouser le modèle d’une économie de marché, dans laquelle le nombre des entrées et la capacité à aller chercher des (riches) partenaires deviennent des critères déterminants dans l’octroi du financement. On s’affaire à mouler l’art dans ses fonctions les plus utilitaires, celles dont on peut chiffrer les retombées et évaluer la bonne gouvernance, celles qui font frétiller la Chambre des commerces et les spéculateurs immobiliers. Le CALQ, comme bien des institutions culturelles, mais aussi d’autres secteurs, mise ainsi depuis plusieurs années sur une sorte de profil bas dans l’espoir de maintenir ses subsides : se coller à l’air du temps, vendre l’art comme une bonne recette pour faire mousser la seule chose qui a encore le droit de réclamer le soutien de l’État aujourd’hui : l’économie.

Ça a presque fonctionné. Pendant quelques années, le budget du CALQ, à défaut d’être augmenté ou simplement indexé, fut l’un des rares à ne pas subir de compressions. Cette brève période de grâce est terminée. L’annonce du 23 juin n’a fait que confirmer ce qui, dans toutes les sphères d’activités, est devenu une évidence : ce n’est pas en se pliant aux désirs des politiques néolibérales qu’on les empêchera de se retourner contre nous. Voilà des années que le milieu communautaire tente de faire plus avec moins, que les enseignants laissent leurs classes se remplir toujours plus, que le personnel soignant augmente la cadence, que des chargés de cours remplacent pour une fraction du salaire les professeurs titulaires, que les perspectives de retraites s’amenuisent pour tous, que les sans emplois subissent la chasse aux sorcières, que les nouveaux arrivants font des pieds et des mains pour démontrer leur bonne volonté et leur « utilité ». Pourtant, chacune de leur contorsion ne parvient qu’à appeler la prochaine.

En culture comme ailleurs, il y aura d’autres coupes – comme il y en aura d’autres en éducation, en santé et dans les programmes sociaux. Ce, aussi longtemps que chacun poursuivra ses contorsions, que chacun jouera le jeu de l’adaptation. Quand est-ce qu’on arrête de sauter dans le cerceau?

Erreur sur la prospérité

MammothDans le cadre d’un déjeuner-causerie à l’hôtel Westin Montréal le 12 mai dernier, Simon Brault, directeur du Conseil des arts du Canada (CAC), livrait une conférence ayant pour titre « Soutenir les arts : moteur de prospérité et de rayonnement au 21e siècle ». L’événement, une initiative du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), était notamment commandité par SNC-Lavallin, Power Corporation et Bell Canada. Là devaient être discutés, selon les thèmes annoncés, les modèles de financement des arts et leur rayonnement « pour tracer la voie de la prospérité au 21e siècle ». Mais la prospérité de qui, au juste ? À 125$ le billet, il y a fort à parier que les artistes n’ont pu au mieux qu’écouter aux portes de la conférence : leurs maigres revenus les auront mis hors-jeu d’une réflexion portant sur une prospérité dont ils semblent devenir de plus en plus les outils plutôt que les bénéficiaires.

La dernière étude publiée par le CAC concernant la condition socioéconomique des artistes (Profil statistique des artistes du Canada, 2009) révélait que le revenu médian pour les artistes était de 12 886$, nettement sous le seuil de faible revenu. Nonobstant ces faits, le Ministère de la culture et des communications du Québec n’a pas cru bon de renouveler son plan d’action sur les conditions de travail des artistes, publié en 2004. Quant au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), l’objectif 8 de son plan stratégique 2005-2009, « améliorer les conditions de création des artistes et écrivains », a magiquement disparu de la version 2012-2016.

Qu’importe : cela n’empêche pas conseils et dirigeants politiques de vanter les vertus économiques de l’art en escamotant toute réflexion sur la situation socioéconomique des artistes et travailleur.se.s culturel.le.s. Rappelons que lors d’une autre conférence organisée par le CORIM en 2013, feu Joseph Rotman, alors président du CAC, conviait les artistes et les institutions artistiques à contribuer activement à l’essor économique du pays : « [ceux-ci] doivent étendre leur rôle à l’extérieur du seul domaine des arts. Ils doivent faire le lien entre les arts et l’économie, les arts et l’innovation, les arts et la santé, l’éducation et le changement social, afin d’aider le Canada à envisager son avenir en tant que leader mondial de l’économie créative. » Pendant ce temps, le budget du CAC stagne.

Combler le manque

Suivant le modèle de la « bonne gouvernance », les conseils des arts fédéraux, provinciaux et municipaux ­glissent tranquillement d’un rôle de soutien public aux arts vers un rôle de promotion des arts et de la culture auprès de mécènes privés qu’ils souhaitent voir combler leur propre manque à gagner. À ce jeu de sollicitation de nouveaux commanditaires pour l’art, les conseils ne jouent pas seuls : ils incitent tout le monde, petits organismes et artistes compris, à s’y plier, ces efforts devenant un critère dans l’octroi des subventions.

Bien sûr, l’engouement des conseils des arts pour un financement « alternatif » provenant du secteur privé, est le résultat prévisible de la précarité des budgets alloués par les gouvernements à la culture qui, comme tous les secteurs d’activités dont les effets ne sont pas immédiatement observables et quantifiables, peine à justifier sa valeur auprès des élus. Pour préserver leur financement, les conseils tentent par tous les moyens de vendre les bienfaits de l’art : à la population (par de massifs programmes de développement de public); aux politiciens (par la production constante de chiffres censés attribuer une valeur quantitative à l’art); au milieu des affaires (par des partenariats art-affaires qui visent l’ « innovation », dans le domaine des technologies numériques principalement). Un tel volontarisme n’a pas empêché le Australia Council for the Arts, que le CAC cite comme modèle d’inspiration, ­de se faire couper les vivres dans le budget national du 12 mai dernier; le gouvernement y voyait encore une institution trop hermétique et détachées des « vraies » attentes de la population et du marché. Par ailleurs, non seulement les exigences croissantes imposées au milieu artistique s’avèrent irréalistes pour une majorité de joueurs, mais on peine à voir à quel moment elles auraient pu être formulées par les artistes eux-mêmes (malgré les prétentions du Conseil à agir en concertation avec le milieu). Tant pis pour eux, répondra-t-on : ils auraient dû se payer plus de déjeuners-causeries…

Faire sa part

Aucun paramètre n’encadre l’octroi du financement privé des arts, qui, contrairement aux subventions publiques, s’effectue au gré des goûts d’un individu ou d’une entreprise, au bénéfice de tel artiste ou de telle compagnie ­ et non de l’ensemble d’un milieu artistique où, pourtant, tous sont interdépendants. Ces sources de financement, qui sont pour les donateurs affaire d’image et de publicité au moins autant que d’inclination personnelle, favorisent sans surprise l’élite culturelle et le vedettariat, et ne toucheront jamais qu’une infime part des créateurs et créatrices. Cela n’est pas sans troubler la fragile écologie du milieu et les principes démocratiques qui guident l’attribution des subventions aux artistes et institutions, et pour lesquelles les artistes et travailleurs culturels ont longtemps lutté.

Le cas de la récente lettre de soutien de 101 artistes à Pierre-Karl Péladeau est un exemple flagrant d’un défaut de lucidité sur la notion de « prospérité ». Ce n’est pas un seul homme qui doit être encensé pour aimer l’art et avoir les moyens de le soutenir, mais bien toute une société. Rien n’empêche les gens d’affaires, que sollicitent si ardemment les conseils et autres institutions, de faire leur juste part pour les arts, la culture et tous ces programmes sociaux fragilisés par des années de coupes austères : cela se fait, et de manière beaucoup plus équilibrée et démocratique, par une juste imposition de leurs revenus et par des investissements accrus des gouvernements dans ces mêmes programmes. Aussi longtemps que ce ne sera pas le cas, cette prospérité dont parlent dirigeants politiques et entreprises derrières les portes de leurs chics hôtels, ne sera jamais la nôtre et ne sera rien d’autre qu’une prospérité de l’iniquité.